Le Rallye de l’Ain ou comment je suis devenue une droguée…

« On peut aussi bâtir quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin »
J.W. von Goethe

Ce rallye a une saveur particulière car il représente la première décision que j’ai prise pour moi et moi seule, sans tenir compte des entraves de qui que ce soit ! Sans compter que l’engagement m’a été offert par mes amis donc c’était un rallye doublement spécial…

Le rallye de l’Ain est une des manches du Championnat de France des Rallyes Routiers Moto. C’est exactement l’avant dernière manche mais également la plus technique.
L’épreuve se déroule sur 24h et commence par l’étape de jour suivie de celle de nuit, ce n’est pas toujours le cas (comme au Dourdou par exemple). Cependant il faut arriver la veille afin de satisfaire les contrôles administratif et technique.

Je vous passe les détails de mon trajet A/R sur l’Ain, j’ai mangé de l’autoroute à l’aller à cause de la météo exécrable et donc du brouillard, au retour parce que je devais arriver tôt au taf….C’est donc inintéressant au possible…

Vendredi 17 juin
J’arrive donc vers 14h à Cerdon (01). Papy m’y attend avec le casse-croute et tout et tout. Je mange un peu, on discute et je file au contrôle administratif.
Après vérification des papiers du véhicule et d’assurance et une petite modification de ma catégorie (j’étais inscrite en SPORT 1 alors que la Versys est normalement en SPORT 2), je file chercher mes plaques de numéro et remettre la fiche « Speaker ».

La fiche « Speaker » c’est la petite fiche d’informations que le mec qui vous présente au micro va réutiliser pour faire une bio rapide ! Alors autant marquer des conneries dessus c’est bien plus marrant 😀

Je file faire le plein et poser les plaques de numéros avant de me rendre au contrôle technique. Il est déjà plus de 16h, on ne dirait pas mais c’est long…. J’ai réussi à faire passer ma dorsale pourtant cassée sur une articulation : ouf ! (bon ok j’ai triché, j’ai planqué la casse et j’ai juste fait en sorte que l’étiquette d’homologation soit visible…)
Les mecs ne me demandent pas la moitié de ce qui est indiqué sur le règlement, à savoir notamment : le tapis absorbant et l’extincteur… Ça m’arrange bien.

Bon il fallait bien que je fasse ma blonde : j’ai oublié mon chéquier pour le chèque de caution du transpondeur (ouais parce que l’on pointe au transpondeur comme les pros 😀 ). J’ai adoré la nana qui me sort « Ben rentrez chez vous pour le chercher ! » euh…. j’habite Nîmes meuf !
Mon Team Manager, à savoir Papy, a du sauter dans sa voiture de course (une 107) pour filer chez lui me dépanner d’un chèque… et ce ne sera que la première de mes boulettes…

Moto OK au contrôle technique, dorsale et casque aussi, transpondeur OK, la moto est prête pour le parc fermé… sauf que finalement pas de parc fermé. Je peux donc repartir avec.
Et j’ai même le droit de reconnaître le tracé finalement. Papy me montre donc les endroits les plus problématiques, vite fait hein… on a pas le temps de s’éterniser.

19h briefing des engagés, ça sonne comme si nous étions des gladiateurs ! C’est plutôt bien pensé car la première partie s’adresse à tout le monde et la seconde est faite pour les noobs du rallye, avec explications des contrôles horaire (CH), de passage (CP) etc…
J’y apprends que l’on doit avoir des bidons pour l’essence, alors que j’avais prévu de sortir du tracé pour faire un appoint. La direction de course finit par l’autoriser.

Retour chez Papy vers 21h, miam, connerie, dodo…
Ah oui connerie car Papy aura droit à un joli gilet jaune (qu’il doit revêtir pour le NordKapp d’ailleurs) 😀
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Samedi 18 juin – Etape 1 : jour
Je suis prévue pour 11H, donc rendez-vous 10 minutes avant en pré-grille. Avec Papy comme team manager, aucun risque d’être en retard.
Déjà il me prépare un petit déjeuner monstrueux mais il a raison. De 11h à 21h je ne vais pas avoir le temps de vraiment manger, je vais grignoter pour tenir.
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J’ai donc conservé mon top case, car je n’ai pas d’assistance. Papy sera sur le tracé toute la journée pour faire les photos et moi j’ai besoin de boire et manger. Sans compter que comme j’ai la place et bien j’ai ma combinaison de pluie ainsi que toutes les cartes des tracés afin de me remettre en mémoire ce que je dois faire. J’ai beau avoir un dérouleur si je peux éviter d’avoir à le regarder c’est du temps perdu en moins.
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Je dois sembler un peu perdue car on vient spontanément me voir pour me donner des conseils. Et oui c’est ça l’ambiance rallye. Ça a beau être une course, en fond de grille tout le monde est prêt à filer un coup de main.

11h je m’élance pour le prologue qui s’effectue en binôme, j’indique donc a mon homologue de passer devant car je suis en mode « découverte« . Spontanément il me propose de m’attendre en liaison pour m’indiquer la route à suivre (je refuse), c’est ça l’ambiance rallye !
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Les tours s’enchaînent, avec leur lot de calcul mental pour être sûre de l’heure de pointage au CH suivant (et comme je suis une flippée de la vie, je calcule 20 fois !). Le CH le moins difficile est celui de Cerdon car nous avons 20 minutes supplémentaires (15 au prologue…) pour faire notre assistance (carburant, réparation, bouffe, eau etc…) donc largement le temps de savoir à quelle heure pointer.
A refaire je prévoirai une petite horloge en plus de mon compteur de vitesse que j’utilise en trip partiel afin de suivre le roadbook pour éviter de jouer avec le compteur en plein rallye.

Je manque la première grosse intersection du RB mais deux gosses sont là avec les tambours et des panneaux. Ils m’indiquent que j’ai fait une erreur et me disent de tourner à droite. Ils ont raison ! Le pire c’est que nous sommes 150 participants et que nous passons 2 fois à cette intersection au prologue : la 1ere fois on tourne à droite, la seconde on va tout droit. Et ces deux gamins d’environ 13ans ont retenu qui est passé où ! Je suis impressionnée !!!
D’autant plus qu’a 2h du matin ils étaient encore là avec frontale et gilet jaune pour applaudir les participants. Deux gamins incroyables, deux vrais fans de rallye !

La première spéciale (ES) de Challes se passe bien, je ne suis pas du tout dans le rythme d’une spéciale car un peu perdue. En effet, c’est une certaine ambiance, on nous redonne un carton avec un horaire de départ, il faut refaire un départ (ne pas le voler…), aller le plus vite possible alors que ce n’est pas du tout l’objectif en liaison. C’est selon moi la spéciale la plus facile et je progresse rapidement au fil des passages (je passe de 138e au premier passage à 126e au dernier).
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L’ES de Leymiat est déjà plus compliquée, ne serait-ce que par le tracé qui est bien plus viroleux et la route bien crade. Clairement, on se croirait au TT avec des passages en village entre les maisons, c’est très impressionnant mais je finis par m’y habituer. Le seul truc chiant c’est qu’à la réaccélération l’avant de ma Versys lève systématiquement (la faute au top case…). Mon évolution dans le classement sera moins nette que dans l’ES de Challes (je ne gagne que 5 places en journée). La pluie va s’y inviter lors d’un de mes passages, une bonne grosse pluie qui trempe tout en trois gouttes. Comme elle commence à peine à tomber je décide de passer mon virage comme s’il était sec, petite erreur ! Je décroche de l’arrière, on s’en fou c’est l’arrière j’ai l’habitude de raccrocher, je réussis à récupérer ma bêtise mais seconde perte de l’arrière, cette fois je ne joue plus, je décide de tirer droit dans le chemin et de repartir proprement quitte à perdre du temps. Je dois rester sur mes roues !
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Je ne compte plus les fois où j’ai oublié de remettre le trip partiel à zero et donc où j’ai du me lancer dans des calculs savants pour ne pas me tromper de route… je suis une blonde qui s’assume !

Je vais prendre 3 pénalités sur la journée : la première pour un départ volé de 2sec, la seconde (34sec j’étais pas loin…) pour avoir du m’arrêter faire l’appoint en carburant et la troisième pour un léger problème de calcul avec mon collègue de devant qui m’a induite en erreur, du coup nous avons tous les deux pris 30 sec de pénalité (c’était le dernier tour de jour enfin… le premier tour de nuit…).

Je pensais être épuisée à la fin de la journée mais je me sens bien. J’ai certes un bon rhume mais l’ibuprofène fait son travail et empêche la fièvre de se pointer.

Samedi 18 juin – Etape 2 : nuit
Alors c’est là que ça se complique un peu. En fait le premier tour de nuit se fait après les 5 tours de jour, il n’y a en réalité que 2 tours qui se font en nuit noire.  C’est d’ailleurs là que j’ai pris la dernière pénalité.

Revenue a 21h de ce dernier tour, j’ai 1h pour manger, virer le roadbook de jour et mettre celui de nuit, faire le plein. Et bien sûr à 30min du départ je m’aperçois que… j’ai oublié la frontale chez Papy. Élément indispensable pour lire le dérouleur la nuit car il n’est pas rétroéclairé (encore une boulette). Papy va donc reprendre son bolide pour aller me chercher ça en vitesse.

J’arrive en pré-grille à l’heure, mais l’organisation est en retard, je vais donc patienter 1h et m’élancer à 23h. Cette attente + la pause repas font que la fatigue a eu le temps de s’installer et je suis bien moins fraîche qu’une heure auparavant. J’ai avalé deux ibuprofène avant de venir en pré-grille ça devrait le faire.

C’est à moi, je me lance. La liaison se passe bien, j’ai un éclairage de la mort qui tue, j’arrive pile à l’heure au premier CH. J’enchaîne avec l’ES de Challes, je suis clairement moins rapide de nuit mais ça va encore. L’ES de Leymiat est du même acabit. C’est après que ça se gâte. La fièvre fait son retour malgré les médicaments (grâce à la fatigue je suppose) et la seconde moitié de ce tour est le début du supplice. Je suis en retard sur tous les CH…
J’arrive à Cerdon dans un état lamentable, Papy me récupère à la descente de ma moto, je manque de tomber, j’ai la tête qui tourne, je me sens très mal.
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Il n’est tout de même pas question d’abandonner, on vérifie ensemble mon calcul pour l’heure de pointage, je pointe et je repars pour le dernier tour. Clairement je vais le subir plus qu’autre chose. Il pleut sur tout le trajet… Les ES se passent mal, j’arrive dernière sur celle de Leymiat. Tout mes pointages aux CH sont en retard… Mon objectif devient juste de réussir à terminer ce tour. Je prends toute la dimension du mot « endurance » car le rallye routier c’est de l’endurance…
Surprise du CH de Cerdon, pas de temps d’assistance et nous avons à peine 20 minutes pour effectuer la dernière portion du tracé alors qu’en journée hors assistance, nous avions 25 minutes.
Seuls 3 pro arrivent à tenir le temps imparti et ça va gueuler derrière… la direction de course décide ne pas tenir compte de ce dernier CH clairement intenable, d’autant plus sous la pluie. Ça m’arrange, j’ai pointé avec 5 minutes de retard….

Il est 2h du matin, je suis épuisée, j’en suis à ne plus pouvoir respirer tellement j’ai les sinus bloqués, je suis aphone (ça fait des vacances à tout le monde XD  ) et ma fièvre explose. La moto part en parc fermé, je ne peux la récupérer que 30 minutes après l’arrivée du dernier concurrent… soit vers 2h45.

On rentre avec mon Papy, un petit dodo avant de revenir à 11H pour la remise des prix.

Dimanche 19 juin – Remise des prix
J’ai failli dire à Papy de ne pas y aller, je n’allais de toute façon rien gagner et j’étais épuisée. Mais par correction et aussi par envie de revoir toutes les personnes rencontrées la veille je me bouge le cul.
La remise des prix se passe tranquillement, en parallèle avec Papy nous regardons toutes les photos qui ont été prises sur le rallye (bref nous geekons…). Arrive le classement des Féminines nous écoutons d’une oreille distraite, comme pour les autres classements et là à la troisième place j’entends mon nom. Avec Papy nous levons la tête, incrédules, j’hésite, j’ai rêvé ? J’explose de rire et je me lève, dans ma tête je n’arrête pas de me répéter « Oh merde alors !« . Je suis sous le choc, je récupère ma coupe, je remercie tout le monde, photos toussa toussa et je retourne m’asseoir. Ce sera la méga surprise du weekend. Moi qui avait pour objectif d’être au pire avant-dernière…

Conclusion
Ma Caty comptabilise aujourd’hui 27 000km…
Ce fut une formidable aventure et je suis devenue une droguée du rallye, je vais même faire du sponsoring pour essayer de financer ma participation l’an prochain. J’ai hâte de recommencer !
En rallye, en tout cas en fond de grille, le véritable esprit motard règne ! Tout le monde s’entraide, aussi bien aux stands qu’en course. Un petit coup de klaxon pour indiquer que l’on s’est trompé de route, tout le monde qui s’arrête si un concurrent est à terre quitte à prendre une pénalité, les concurrents de devant qui montrent du pied les plaques de graviers, lèvent une main pour indiquer qu’une voiture arrive ou tout simplement qu’il n’y a personne et que l’on peut doubler. J’ai eu l’impression de faire une grosse arsouille avec les copains. C’était génial !
J’aime la course, j’aime l’ambiance, j’aime tout ! Si j’avais les moyens je partirais participer à la manche du Dourdou 😀

L’an prochain… je reviens l’an prochain…

Suite à ma participation il semblerait que plusieurs membres de Kawette souhaitent faire cette manche l’an prochain. Ce serait cool de monter une team Kawette.net
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Et la plus grosse blague de ce rallye sera ma conso : 4,4l / 100km quand on sait que je consomme 1 litre de plus d’habitude c’est assez énorme ! XD

Et avant de partir quelques photos supplémentaires
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V
Jodie

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